Cadre et Limites
De nombreux jeunes parents questionnent aujourd’hui le cadre éducatif dans lequel ils ont eux-mêmes grandi. Cette remise en question est, selon moi, une démarche saine et nécessaire. Toutefois, lorsqu’on s’éloigne des modèles connus, il est fréquent de se sentir démuni : quelles limites poser, comment les formuler, et dans quel objectif ?
Poser un cadre éducatif est primordial pour le jeune enfant, tout en restant bienveillant. Comment alors allier les deux ?
Le cadre éducatif est essentiel pour l’enfant, car il définit une zone de sécurité : un espace dans lequel il peut jouer, manger ou dormir sereinement. Cela suppose un environnement sécurisé et la présence d’un (ou plusieurs) adulte référent. La répétition du cadre permet à l’enfant de construire des repères dans un monde complexe. Elle apporte de la stabilité et facilite les apprentissages du quotidien.
Les limites servent également un objectif plus large : permettre à l’enfant d’entrer progressivement dans la vie en collectivité. Il s’agit de l’aider à apprendre, pas à pas, les règles nécessaires pour vivre avec les autres. Expliquer le cadre à l’enfant l’aide à comprendre le monde qui l’entoure, ce qui est attendu de lui et comment interagir socialement.
Alors, comment choisir ce qui est permis et ce qui ne l’est pas ?
Je vous propose de vous appuyer sur le trio « Santé – Sécurité – Respect » pour décider quand intervenir ou non. C’est un outil que j’utilise personnellement très souvent. On peut se poser la question suivante : est-ce que la situation concerne la santé, la sécurité ou le respect de :
- l’enfant,
- un autre,
- moi-même ?
Une fois le cadre défini, on pourrait croire que tout est en place… mais ce n’est évidemment pas si simple.
Pourquoi est-il difficile pour les enfants de respecter le cadre ?
Parce qu’ils sont en train d’apprendre à comprendre le monde. Pour cela, ils ont besoin d’expérimenter. Lorsque l’adulte dit « non », l’enfant doit analyser de quel type de « non » il s’agit. En effet, il existe plusieurs « non » :
le « non » strictement interdit,
le « non » négociable,
et le « non » dit par réflexe, qui devient finalement un « oui ».
Il est normal — et même sain — qu’il existe plusieurs « non ». Cela demande toutefois du temps à l’enfant pour pouvoir les différencier. Il va alors répéter ce qui est interdit afin de mieux comprendre la règle et observer l’adulte pour analyser la réaction et sa cohérence dans le temps.
Il ne s’agit pas de provocation, mais bien d’une démarche de compréhension du monde qui l’entoure.
Lorsque l’enfant commence à intégrer le cadre, il réalise aussi que les règles varient selon les personnes et les lieux (maison, crèche, grands-parents). Cela mobilise ses capacités d’adaptation, ce qui est très positif, mais nécessite là encore du temps.
Comment, alors, rester bienveillant tout en posant des limites ?
Voici quelques pistes :
- Se placer face à l’enfant, à sa hauteur.
- Capter son attention et attendre que l’émotion soit moins intense pour communiquer.
- Utiliser un ton ferme et clair, un regard sérieux et une posture corporelle stable.
- Expliquer l’interdiction et la maintenir.
- Répéter afin que l’enfant intègre la règle, avec une réaction constante et sans colère.
- Avec les plus grands, les inviter à se rappeler eux-mêmes de la règle.
La bienveillance
Être dans la bienveillance, c’est être respectueux de l’autre, d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un enfant. Une grande part de cette posture repose sur la compréhension que l’enfant a besoin d’explorer son environnement pour apprendre. L’observer, l’accompagner et éviter de faire à sa place sont essentiels. Nous sommes là pour le guider, non pour le modeler.
Être à l’écoute, prendre le temps lorsque cela est possible, répondre et expliquer posent les bases d’une relation bienveillante. Accompagner l’enfant dans ses émotions en fait également partie… mais ce sera le sujet d’un autre article.
Conclusion
Poser un cadre clair et cohérent n’est pas incompatible avec la bienveillance. Au contraire, c’est précisément ce cadre qui permet à l’enfant de se sentir en sécurité pour explorer, apprendre et grandir. Chaque répétition, chaque ajustement fait partie du processus. Avancer pas à pas, avec constance et respect, est déjà suffisant.
Tabata Chanson – Psychomotricienne