Le développement moteur;
de la naissance à la marche

On me demande souvent :
« À quel âge un bébé doit-il se retourner ? Ramper ? Marcher ? »
Ma réponse est presque toujours la même : l’âge ne m’intéresse pas vraiment, c’est ce que bébé sait déjà faire. Parce que chaque étape est le fondement de la suivante. Le développement psychomoteur n’est pas une course. C’est une organisation progressive du corps, si bébé ne « progresse pas » c’est qu’il y a des choses de l’étape précédente qu’il n’a pas encore acquises.
La motricité libre, conceptualisée par la Dre Emmi Pikler dans les années 1960, repose sur une idée forte :
le bébé possède en lui les compétences nécessaires pour développer sa motricité, à condition qu’on lui laisse l’espace et le temps pour le faire.
Je trouve cette approche extrêmement pertinente et l’encourage comme base pour toutes les familles. Mais j’y ajoute une nuance importante : certains bébés rencontrent des difficultés : asymétries dans le mouvement, tensions, manque d’organisation corporelle…
Dans ces situations, attendre ne suffit pas toujours. Ils ont parfois besoin qu’on les aide, qu’on leur montre comment mieux bouger leur corps. C’est précisément ce que je fais au cabinet : accompagner le mouvement pour qu’il devienne plus fluide et plus confortable.
Sur le dos : le point de départ
La position sur le dos est fondamentale. C’est là que le bébé découvre la gravité. Son corps commence à s’organiser contre le sol.
Un point essentiel : le tapis d’éveil.
On privilégie un tapis ferme, suffisamment grand (cf. mon post insta sur les tapis d’éveil). Mais pas un petit tapis en tissu mou avec une arche au-dessus qui limite les mouvements et les premiers retournements.
Sur le dos, on veut observer :
– les quatre membres qui bougent librement
– une tête qui tourne des deux côtés
– des mouvements variés et spontanés
Si un bras ou une jambe bouge peu, si la tête ne tourne que d’un côté, ou si l’on observe un début de plagiocéphalie, il peut être pertinent de consulter (ostéopathe, physiothérapeute, psychomotricien,…).
Vers 5–6 mois, la flexion s’organise davantage : les mains rejoignent les pieds, la coordination haut-bas et gauche-droite se construisent. Toutes les transitions futures passent par ce regroupement corporel. Bébé comprend que son corps est « un seul morceau » et qu’il peut le bouger pour attraper des jouets.
Sur le ventre : dès le premier mois
Le temps sur le ventre est souvent proposé trop tard aux bébés, ce qui peut amener à des situations où les bébés n’aiment pas être à plat ventre (même si ce n’est pas la seule raison). On peut introduire des temps sur le ventre dès le premier mois de vie, par petits moments quotidiens, en douceur.
L’idée n’est pas de « poser bébé et attendre ». Mais de l’accompagner, de se mettre à sa hauteur, de lui proposer des images contrastées à regarder pour rendre ce moment agréable. On veut que bébé prenne plaisir à être sur le ventre.
Sur le ventre, il prend appui sur ses avant-bras, coudes à angle droit. Il apprend à stabiliser sa tête, puis son haut du corps. Cette étape renforce la musculature et prépare les futurs déplacements.
Premiers déplacements : explorer l’espace
Les premiers déplacements commencent souvent par des pivots sur le ventre. Le bébé tourne sur lui-même et découvre qu’il peut changer d’orientation.
Puis vient le ramper : coordination entre le haut et le bas du corps, entre la droite et la gauche (souvent à reculons en premier, puis en avant).
Ensuite, le quatre-pattes apparaît lorsque le corps se décolle du sol. Cette étape demande une organisation musculaire et coordonnée plus fine. C’est une des étapes essentielles du développement moteur. Chaque déplacement construit la stabilité, l’équilibre et la confiance.
Se mettre assis… tout seul
Un bébé ne devrait pas être placé assis s’il ne sait pas s’y mettre seul. S’il ne maîtrise pas l’entrée et la sortie de la posture, il devient dépendant de l’adulte.
Pour se mettre assis seul , il va prendre appui sur ses bras et se repousse du sol. Pour tenir assis, il va développer la musculature nécessaire pour stabiliser son buste. Un bébé qui s’assoit seul est aussi capable de revenir au sol en sécurité.
Verticalisation et premiers pas
La mise debout est progressive et se fait quand bébé en montre l’intérêt. On peut proposer des appuis stables : table basse, canapé, meuble solide. Le bébé passe souvent par la posture du chevalier servant : un genou au sol, un pied en avant.
Puis :
– il se met debout avec appui des deux mains
– puis d’une seule
– il longe les meubles
– il tente quelques pas
On ne donne pas les mains à bébé pour « le faire marcher », on va le laisser trouver son équilibre seul. Une fois qu’il sait faire plusieurs pas seul, on va pouvoir lui donner la main pour accompagner le déplacement.
Si possible, on laisse bébé un maximum pieds nus. Le pied a besoin de sentir le sol pour s’organiser et mieux gérer son équilibre.
Ce qu’il faut retenir
Le développement psychomoteur est une succession de constructions logiques. Chaque étape prépare les bases de la suivante.
Notre rôle est d’offrir un espace sécurisé, d’observer, de faire confiance. Et lorsque c’est nécessaire, d’accompagner le mouvement pour aider le corps à mieux s’organiser.
Laisser faire, mais savoir intervenir quand le bébé en a besoin. C’est dans cet équilibre que le développement trouve toute sa richesse.